|
Depuis
quatre ans, Le temps poursuit son chemin vers
des paysages paraissant inconnus et qui pourtant,
au fil de l'écriture, se révèlent,
à la façon de vieux souvenirs.
Je
vous invite à lire trois passages qui
peuvent se décliner en dehors du tout.
Vous pourrez néanmoins retrouver la place
de ces trois passages dans le SOMMAIRE.
Je
vous donne aussi à lire aussi une nouvelle,
indépendante du livre, gentiment féministe
l'incongruité".
Certains hommes ont franchement ri, d'autres
moins : l'humour ne va souvent que dans un sens...
Si
votre lecture provoque en vous des réflexions,
je serai heureuse de les recevoir
***
PROLOGUE
Naissance
Dans
l’aube sacré du cocon de vie, des
volutes de lumière nacrée se matérialisent,
prennent forme, s’incarnent…
Chaleur, imprégnation, mouvements, douceur,
fluidité, poids.
Envie, déjà, d'énergie,
d’énergie subtile*,
De vibrations, de transcendance.
Envie encore, de pulsions, de pulsations, de
palpitations,
De mouvements, de vagues, de mouvance, de sensations...
Promesse de vies, un cœur, doucement bat…
Dans
l’aube naissante, une femme dort. Sa poitrine
opulente, comme une vague doucement caressée
par le vent, ondule au rythme de sa respiration.
Son ventre est rond, promesse de vie. Elle repose,
calme et tranquille depuis des mois… Son
haleine providentielle entretient la vie…
Envie
pénétrante, envahissante de lumière,
d'air, d’eau, de rythmes,
De parfums, de sons, de sentiments, d’émotion...
Deux,
ils sont deux, ils ont choisi d’être
jumeaux, une fille, un garçon. Dans leur
douce matrice, ils rêvent, ils rêvent
d’un très ancien sommeil, le sommeil
sacré du songe créateur.
Ils se prennent d’envie de tendresse,
de caresses,
De nourritures spirituelles... et terrestres,
De VIVANCE…
FAIM DE VIE
Deux
tous petits enfants dorment sur le sein de leur
mère. Des gouttes de lait tiède
ornent le coin de leurs bouches, repus, ils
sourient au ciel, à la lumière,
à la Terre, aux antiques forêts,
aux oiseaux, aux fleurs.
Les
corps sont nus sur la couche douce et chaude.
Blottis contre leur mère qui les regarde
tendrement, ils vagissent de bien-être.
Encore combien de temps près d’eux
? Juste le temps de la toute petite enfance
! Elle doit donc leur donner la meilleure nourriture
terrestre, la meilleure nourriture spirituelle.
Que le songe surnaturel qui les habite devienne
Pensée. Puis ils trouveront leur famille,
leur famille terrestre… Leur volonté
de vivre les mènera vers l’accomplissement.
Des
rires répondent aux chants d’oiseaux,
deux petits enfants marchent à quatre
pattes dans l’herbe tendre, un jeune faon
vient lécher leurs visages et la brise
balance doucement les fleurs parfumées.
Ils s’imprègnent de la Terre qui
les porte, les caresse à travers l’herbe
tendre, qui étanche une antique soif
de savoir à la source profonde de sa
fabuleuse mémoire. Ils puisent au déferlement
de toutes les connaissances dont chaque être
vivant est le réceptacle sacré.
Deux
petits enfants jouent sagement assis sur la
mousse moelleuse d’un sous-bois, ils sont
nus et le soleil irradie leur peau dorée
à travers les branches légères.
Ils tapent des coquillages l’un sur l’autre,
mettent les petits dans les grands et éclatent
de rire quand le bruit résonne sous les
frondaisons. Puis en passant par un quatre pattes
bras et jambes tendus, fesses en arrière,
rapprochant les mains des pieds, ils entament
la périlleuse bascule, et se redressent
ensuite avec précaution. Après
un court arrêt, ils marchent en chancelant
vers leur mère drapée dans une
étoffe blanche et légère
en chanvre, dont la large ceinture tressée
accentue la taille fine et la poitrine généreuse
gorgée de lait. Se mettant à leur
hauteur, elle ouvre largement ses bras. Ils
s’y précipitent en poussant des
cris de joie, dénudent sans façon
les seins opulents et tètent goulûment
en se regardant. Ils se tendent la main, se
touchent, sourient sans lâcher le sein,
caressent et tapotent le dos de leur mère
qui les embrassent.
Deux
jeunes enfants aux grands yeux bleu-vert ornés
de longs cils, grimpés dans un arbre,
observent attentivement un nid dans lequel des
oisillons ouvrent leurs becs jaunes. Ils jubilent
sans bouger quand les parents arrivent, becs
chargés d’insectes ! Le nectar
de fruits juteux dans lesquels ils mordent à
pleines dents les barbouille, puis leurs petits
nez plongent dans une grosse fleur dont le pollen
se colle à leurs mines peinturlurées.
Alors ils courent dans l’eau, dont ils
éclaboussent leur mère de gerbes
arc en ciel en poussant des cris stridents,
sautent et plongent à la recherche de
cailloux brillants jusqu’à l’épuisement.
Puis, après un bref moment de repos,
ils repartent à la conquête d’un
arbre pour écouter les oiseaux. Et s’essayant
à leurs vocalises, ils chantent comme
une méditation des odes à la beauté
qui les entourent. Car sous la haute souveraineté
de leur mère, c’est la Nature toute
entière qui leur insuffle la connaissance.
Dans
ce lieu indéfini, deux enfants se donnent
la main. Ils sont profondément imprégnés
de l’immense aura d’amour et de
sollicitude qui leur donnera, tout au long de
leur vie terrestre, la force nécessaire
pour remplir leur mission rédemptrice.
La séparation se prépare. Aucune
tristesse, mais le sentiment d’une nécessité
imminente.
Une blanche lumière douce et nacrée
enveloppe les enfants blottis maintenant l’un
contre l’autre. Cette lumière EST
la sagesse du monde. La forme ovoïde s’élève
dans la nuit froide, elle leur donne encore
nourritures, chaleur, douceur et force, car
les petits seront exposés au froid ce
matin, sans le ressentir…
***
En
2025, Azura et Ben sont beaux, surdoués
en tout et s'interrogent avec force sur la destinée
humaine. Ils habitent un ECOVILLAGE avec ceux
qui refusent le système régissant
la planète. Ces écovillages se
sont donné pour mission de préserver
ce qu'il est encore possible de sauver du désastre
écologique qui meurtrit tous les règnes
vivants sur terre. Ils rédigent, avec
les membres de l'écovillage, ce qu'ils
appellent leur HYPOTHESE.
Ma
réflexion sur l'être humain, durant
ces quatre années, n'a cessé d'évoluer
et pas forcément en bien. Azura s'exclame,
en pensant à un vieux film qui lui avait
paru particulièrement stupide "Ah!
Elle est belle l'odyssée de l'espèce!
Parodie de l'espèce serait plus juste
!"
Ils
écoutent et lisent Richard WAGNER et
sont subjugués par la clairvoyance du
vieux magicien. D'emblée, avec le PROLOGUE,
nous sommes plongés dans sa mythologie.
LE
VOYAGEUR
"Omnisciente!
Sagesse des origines!
Femme éternelle!
Debout, réveille-toi!
Wala! Réveille-toi!
J'ai parcouru le monde,
j'ai beaucoup voyagé
pour
acquérir le savoir
et les conseils de l'antique sagesse.
Nul au monde n'en sait plus que toi ;
tu connais ce que l'abîme recèle
et tout ce qui anime
les monts et les vallées, l'air et l'eau.
Là où il y a de la vie, ton souffle
passe ;
là où l'on pense, ton esprit est
présent :
on dit que tu as toute la connaissance.
C'est pour acquérir le savoir
que je t'arrache au sommeil!
ERDA
...Mon sommeil est songe,
mon songe est pensée,
ma pensée, source de sagesse.
Mais quand je dors, les Nornes veillent :
elles tissent la corde
et filent, dociles, ce que je sais...
...Les actes des hommes
obscurcissent
mon esprit...
Je suis troublée :
le monde tourne
confus et agité..."
Richard
WAGNER, Siegfried, acte III, scène 1
Page
18, Azura rencontre Ora, une extraterrestre
ethnologue :
Azura
se mit à sourire, et de ce sourire émanait
un charme auquel personne ne pouvait résister.
Elle resserra un peu ses jambes en lotus, son
dos et sa tête se redressèrent
encore davantage : "Une forme lumineuse
est apparue dans mon champ de conscience, d'abord
la nuit sous forme de songe, mais en était-ce
un? Plus j'y pensais, plus la certitude d'une
réalité universelle me traversant
s'emparait de tout mon être. Ou alors
étais-je dans cet espace dont nous avons
longuement disserté? Puis j'ai ressenti
l'impression très vive que je ne dormais
pas et que la présence était bien
réelle, contrairement au rêve ordinaire
où le rêveur subit les événements.
Ici, ma volonté pouvait se manifester.
Et
puis au cours de mes sorties dans la nature
j'eus rapidement la confirmation que mon intuition
ne m'avait pas trompée. J'ai alors demandé
à la forme lumineuse si ce que je voyais
était son aura. Un simple oui, parfaitement
audible, me remplit de joie. 'D'où viens-tu?'
Une voix douce et chaude me répondit
: 'D'une planète située dans la
Voie lactée, une planète matricielle,
et j'appartiens à une espèce que
vous pourriez assimiler aux insectes sociaux.'
Alors, elle m'est apparue! Son aspect, très
différent du nôtre, est d'une extraordinaire
beauté. Regardez un insecte à
la loupe, fusionnez le avec un être humain
en ne gardant que la forme et une grande taille.
Une tête assez imposante et surtout un
regard d'une infinie sagesse. Les gestes mesurés
d'un grand sage, des couleurs à vous
couper le souffle variant sans cesse en fonction
de l’environnement.
***
Son
nom est absolument imprononçable et son
aura magnifique, je l'ai donc appelée
'Ora'. Sa planète, beaucoup plus évoluée
que la nôtre, ne connaît pas les
errements de l'évolution, les cataclysmes
et surtout les espèces prédatrices
et parasites comme sur terre. La planète
elle-même recèle de nombreuses
matrices qui donnent naissance à toutes
les espèces dans un équilibre
parfait.
Ethnologue,
elle rédige un rapport sur l'être
humain. Sa mission, qui s'étend sur quelques
millénaires (sa durée de vie n'ayant
rien de commun avec la nôtre), entre dans
une vaste étude galactique portant sur
les catégories de populations encore
primitives (dont l'être humain fait partie),
et dont la conscience commence tout juste à
s'éveiller. Je ressens souvent le bruissement
de son esprit qui m’effleure puis me parle
:
Le
Pourquoi et le Comment t'ont toujours fascinée.
Ton regard sur la destinée, l'Univers,
les autres et toi-même, évolue
sans cesse ; implacable pour le genre humain
mais plein d'indulgence et d'amour pour l'être
souffrant. La sensibilité de la petite
fille triste soutenant que la souffrance d'un
animal est beaucoup plus insupportable que celle
d'un être humain est toujours la même
: L'animal ne sait pas pourquoi il souffre,
l'homme lui, le sait ! Parole d'enfant dont
tu peux maintenant comprendre la portée.
Je
t'emmènerai visiter des planètes
merveilleuses près du centre des mondes
et tu découvriras les légendes
concernant votre Terre que se racontent les
autres espèces peuplant la galaxie. Tu
découvriras celle du peuple des oiseaux
sur la création de votre espèce.
Tu découvriras la planète des
arbres : les Yod sont de grands sages d'origine
végétale. Nous irons à
la rencontre d’êtres humains issus
de la même souche que vous, mais habitant
deux planètes situées de part
et d'autre de votre Terre et éloignées
différemment du centre des mondes. Tu
verras que l'évolution peut prendre des
chemins extrêmement divergents. Mais tu
commenceras par un retour aux origines pour
retrouver, au fond de ta conscience, l'école
des dieux.'Et
je me retrouvais seule avec une foule de pensées
: sommes-nous capables d'imaginer? L'imagination
ne se montre-t-elle pas parfois très
prophétique? Pourquoi ne pas pénétrer
volontairement dans la dimension mystérieuse
que nous rejoignons chaque nuit, et qui vient
si souvent, de son haleine pénétrante,
nous effleurer au milieu de notre veille, comme
une étrange nuée venue des quatre
coins de l'Univers et du temps? C'est là
que je ressens le plus profondément une
affinité directe et fulgurante avec la
Vérité.''
LE
JEUNE DIEU
...Mon
sommeil est songe,
mon songe est pensée,
ma pensée, source de sagesse...
Les
actes des hommes
obscurcissent mon esprit...
Je suis troublée :
le
monde tourne confus et agité
Le
Jeune Dieu irradiait la félicité.
Il venait de se voir confier tout un système
solaire!
Au
sortir de l'école, c'était une
chance extraordinaire. Surtout dans une galaxie
spirale abritant en son centre un processus
évolutif libérant les quatre forces,
Amour, Compassion, Connaissance, Sagesse, sans
lesquelles l'évolution reste un phénomène
biologique. Il plaignait les camarades se retrouvant
dans les zones excentrées, dominées
presque intégralement par des forces
obscures où le travail ne serait pas
très gratifiant.
Il
était beau, ce système solaire
tout neuf! Sans être très près
de cet extraordinaire coeur évolutif
donnant naissance aux quatre grandes forces,
il n'en était pas trop éloigné
quand même (les deux tiers). Les planètes
commençaient leur ronde orbitale qui
devait durer une trentaine de révolutions
autour du centre de la galaxie, ce qui laissait
le temps de mettre en application les leçons
apprises. Seul et libre! Enivrant, mais aussi
angoissant : allait-il se montrer à la
hauteur de la tâche? On a beau être
un dieu, cela n'empêche pas d'avoir le
trac.
Première
précaution : prendre son temps. Eh oui!
Ici, dans les mondes manifestés, la question
du temps se retrouve toujours en bonne place.
Cela serait amusant de le voir défiler,
devant soi, mais aussi derrière. Les
simulations étudiées en travaux
pratiques ne restaient que des simulations.
Allait-il passer vite ou au contraire lentement?
Mystère! Et puis cette histoire de relativité,
pas facile à imaginer tant que l'on n'est
pas dedans. La vie biologique répond
à des lois immuables, mais laisse la
liberté pour la création.
L'étude
d'un nombre considérable de ces mondes
manifestés, plus ou moins réussis,
où le burlesque côtoyait le cocasse
et l'absurde tant dans les formes que dans les
comportements, avait provoqué de mémorables
parties de rigolade. Eviter les pièges
menant à de telles maladresses serait
son impératif : il ne brûlerait
pas les étapes. Il savait que les innombrables
cas de figures envisagés ne mettaient
pas à l'abri de toutes sortes de bizarreries
car à partir d'un certain niveau d'autogestion,
la création pouvait d'elle-même
se pervertir.
Mais
pour l’instant, son système solaire
le remplissait d'admiration! L'astre central
avait la taille parfaite pour bien gérer
son énergie. Le Jeune Dieu se laissait
envahir par son enthousiasme avec délectation.
Sa création ne pouvait qu'être
à cette image. "Pour commencer,
je vais laisser les choses se mettre en place
et faire une sieste! Depuis le début
de mes études, je n'ai même pas
pris une révolution de galaxie de repos".
Il suivait ainsi les recommandations de sa déesse
tutélaire, car une fois les différents
processus de manifestations enclenchés,
il n'aurait guère de répit.
***
Et
son sommeil fut songe...
Un
songe puissant, surnaturel, dont chaque particule
de cette portion d'espace s'imprégnait,
en prenant forme dans la matière.
Lentement, la matière s'organisait autour
des germes venus du ciel, d'autres planètes
ayant achevé leurs cycles.
Ces parcelles organiques, riches des bribes
de conscience dont elles avaient été
les supports, venaient de la profondeur de l'infini
enrichir l'espace et déposer leurs précieux
germes sur les mondes en formation.
Le
songe voguait ainsi sur les vagues mouvantes
de la création
vers la réalité biologique de
ses rêves.
Un rêve qu'il voulait beau et harmonieux.
Le rêve grandiose de son imagination créatrice.
La
galaxie avait déjà fait plusieurs
révolutions sur elle-même, et le
Jeune Dieu rêvait toujours. L’intensité
de son rêve devait changer de fréquence
car les temps étaient maintenant venus
:
Que
le songe devienne pensée!
La
pensée de cette nouvelle réalité...
Son réveil le fit voyager un temps infini.
Franchir
le pont mystérieux reliant
le non manifesté au manifesté.
Parcourir dans un même élan le
passé et le futur.
Animer de son souffle divin
l'air et l'eau, la terre et le ciel, le feu.
Puis entrer dans le temps.
Le temps biologique.
*
* *
Il
savait que les suggestions reçues et
adaptées à son caractère,
ses capacités et les possibilités
qu'il aurait de les manifester, le feraient
pénétrer dans le monde de la biologie
se développant autour de la molécule
H2O. Il fallait pour ce type de création
une planète tellurique où la température
permettrait à cet élément
de se trouver en quantité suffisante
dans ses trois états en parts à
peu près égales. Le choix serait
sans doute vite fait.
Comme
prévu par le Jeune Dieu, pendant son
sommeil les germes de cette catégorie
de vie commune à tout l'Univers avaient
ensemencé les planètes de son
système solaire. Il ne lui restait plus
qu'à choisir la mieux adaptée
pour accueillir son projet. Le choix allait
maintenant dépendre du comportement des
premiers assemblages de molécules en
fonction de l'environnement planétaire.
Grâce
à sa prodigieuse mémoire, il pouvait
consulter la banque de données galactiques
et passer en revue tous les modèles existants
ou ayant existé et, sur ces bases, créer
le sien. Cet éloignement séparant
sa planète du centre des mondes ne lui
permettrait que le développement de formes
de vie assez primaires limitées à
deux brins d’ADN. Car les parties déjà
hautement évoluées, tant sur le
plan biologique que spirituel, étaient
confiées aux dieux plus matures à
la longue expérience et ayant fait leurs
classes sur des mondes comparables au sien.
Il savait également qu'il pouvait toujours,
si des difficultés insurmontables à
sa jeune expérience se présentaient,
trouver réconfort et conseils auprès
de sa déesse tutélaire.
Mais
une confiance inébranlable dans sa ténacité
et sa puissance de travail l'habitait. Avec
l'Amour et la Lumière qu'il allait y
mettre, son petit système solaire pourrait
peut-être conjurer les forces obscures
qui ne manquaient aucune occasion de se manifester
quand les êtres dont la conscience émergeait
tout juste se voyaient accorder le libre arbitre.
***
Pour
le moment, il ne serait plus question de sieste.
Pas le temps! Le temps? Il défilait!
Dé-fi-lait... Déjà cinq
révolutions de galaxie* pendant ce repos
bien mérité. Mais le sommeil n'est
pas un bon moyen de tester le temps. Il ne se
rendait pas encore bien compte si cinq tours
de galaxie en représentaient beaucoup.
Son soleil et ses planètes paraissaient
pris dans un manège infernal. La maîtrise
du temps! Il avait la maîtrise du temps.
C'était le moment de le jouer relatif,
non plus à l'heure de la galaxie, mais
de son univers à lui. De se concentrer
sur la révolution autour de son soleil,
de la planète où se jouera sa
création. D'en faire une unité
de temps, puis diviser encore cette unité,
prendre la rotation de la planète sur
elle-même que le soleil éclaire
avec une alternance jour-nuit. Ce qui permettrait
de faire l’expérience de la relativité
du temps et son rapport avec l'espace!
[*
la galaxie met environ 250 millions d'années
pour faire une révolution sur elle-même.
Le Jeune Dieu rêve donc depuis 1 milliard
250 millions d'années.]
***
Pour
un dieu, même jeune, il suffit presque
toujours de vouloir pour pouvoir!
Le temps évoluait maintenant pour lui
au rythme de ce soleil qui allait apparaître
à l'horizon de cette planète élue
pour être le champ biologique de sa création.
C'était la troisième qui se révélait
la plus accueillante pour l'équilibre
de la molécule H2O (sur les deux premières,
ce n'était que vapeur ou chaleur intense,
et sur la quatrième, qui avait un moment
retenu son attention, l'état solide se
montrerait sans doute dominant avec le temps).
C'était
aussi celle qui retiendrait le plus facilement
l'atmosphère indispensable au type de
vie qu'il avait l'intention de créer,
en protégeant la faune et la flore des
agressions cosmiques insupportables à
leur constitution. L'enveloppe d'un bleu irisé
commençait maintenant à irradier
la lumière, et à la révéler
comme une nourriture sacrée.
Le
temps arrivait pour lui d'assister à
son premier lever de soleil! Dans la nuit qui
pâlissait, il sentait monter en lui un
trouble divin! La luminosité révélait
les contours parfaits de la sphère. Une
légère brume décomposait
la lumière qui gagnait en intensité
de minute en minute. Le temps passait avec un
"avant" et un "après"!
C'était magique d'être là
et de se laisser guider par le mouvement de
la gravité. Il aurait évidemment
pu aller à la rencontre du soleil encore
masqué par la ligne de l'horizon. Non!
Mieux valait se laisser imprégner par
l'environnement, résister à la
toute-puissance dont il pouvait faire preuve
et rester humblement à la disposition
de ce monde. Il en était maintenant le
guide invisible : il ne s'agissait pas de soumettre,
mais d'apprivoiser.
Il
prenait son temps, puisqu'il en avait une meilleure
conscience. La clarté naissante lui apparaissait
de plus en plus intense, réelle et vivante.
Il reçut cette lumière comme un
don. Elle le parcourut comme une onde bienfaisante,
comme un bruissement intérieur. Cela
était-il possible pour un être
immatériel? La clarté inondait
maintenant le ciel tout neuf qui la retenait,
et là! Il apparut. Pour la première
fois, le Jeune Dieu vit son Soleil émerger
de l'horizon de sa Terre.
La
sensation se précisait! Comme un désir.
Un désir!
Un désir de pulsions, de pulsations,
de palpitations,
de mouvements, de vagues, de mouvances, de sensations.
Un désir pénétrant, envahissant,
de parfums, de sons, de caresses, de sentiments,
d'émotions,
de tendresse,
de VIVANCE.
La
Terre, sa petite Terre, semblait enfanter l'astre
de vie chaque minute où l'ombre laissait
la place au matin naissant.
***
L'Esprit
de Nature issu de son rêve avait, de son
aile prolifique, insufflé une âme
à la Terre. Il lui fallait maintenant
se laisser guider par l'Emotion qu'il sentait
naître et grandir en lui.
Faire
chair cette résonance créatrice,
et perdre l'unité pour la multiplicité.
Que l'air et l'eau,
la terre et le ciel,
le feu,
animés par son souffle divin,
lui permettent de créer.
Accepter que l'UN se fragmente, se divise.
Que chaque être futur puisse retrouver
dans ces principes primordiaux
imprégnés de sa Quintessence,
la Fragrance vitale du Jeune Dieu.
Et
le songe devint pensée.
Alors,
par-delà les monts et les vallées
où tiédissait encore son haleine
providentielle,
le Jeune Dieu, comme un thaumaturge prolifique,
sur les bases lentement élaborées
par Nature,
laissa sa Pensée prendre forme...
Et
la forme ondoyait sans cesse dans les mouvances
de sa jeune fougue créatrice, rattrapant
les imperfections, corrigeant, ajoutant, enlevant,
rétablissant un équilibre insaisissable.
Les ingrédients du TOUT ne peuvent, sur
ce genre de planète, trouver leur juste
proportion sans chercher, chercher encore et
encore dans une quête sans fin...
Pourtant,
dans le frémissement incessant de cette
précarité que le Jeune Dieu amenait
toujours à ses fins, lentement, mystérieusement,
selon sa volonté imprégnée
par l'Omniscience des Origines, arriva une autre
forme animale un peu plus évoluée,
capable de raisonner et apte à recevoir
un Contenu. Son système solaire avait
atteint la moitié de sa vie et les temps
étaient venus : le libre arbitre devait
se manifester dans ce qui allait devenir l'être
pensant.
Contenu
lentement distillé depuis l'Emotion primordiale
qui fit chair sa résonance créatrice.
Contenu parfois infime mais toujours présent
dans le sanctuaire intérieur de cette
dernière création : l'être
conscient de lui-même et capable d'entrevoir
le Sens. Un contenu où l'Amour, la compassion,
la sensibilité, la soif de toutes les
connaissances se trouvent à l'état
latent.
Il restait à cet être pensant la
mission de révéler ses potentialités,
sans se laisser pervertir par les forces obscures
encore présentes dans cette partie de
la galaxie. Et c'est à cet instant précis,
à cette seconde infime de l'Univers d'une
durée de plusieurs milliers d'années
dans le temps démultiplié de cette
création, que la séparation douloureuse
et tant redoutée peut se produire.
Car
ce libre arbitre, qui présuppose des
êtres suffisamment responsables, amène
avec lui le risque notoirement répertorié
qu'une majorité d'entre eux se croient
omnipotents et arrivent à pervertir toute
la création. Ces risques, le Jeune Dieul
les connaissait parfaitement, ils constituaient
même la pierre maîtresse de son
sujet d'étude, et la façon dont
il allait mener cette gestion conduirait à
sa réussite ou à son échec.
Mais les critères à partir desquels
son échec ou sa réussite étaient
déterminés restaient pour lui
une inconnue.
***
Et
pourtant! Ses enfants! Il les espérait
comme il les avait conçus, sages, beaux,
vertueux. Imprégnés de ce qu'il
avait mis en eux, il ne pouvait les imaginer
belliqueux et cruels, cupides et envieux, arrogants
et présomptueux, agressifs et violents,
insensibles et impitoyables, tortionnaires et
sanguinaires, devenus esclaves d'un mercantilisme
effréné. Il connaissait l'existence
de cette force obscure qui dominait les mondes
trop éloignés du numineux* centre
spirituel de la galaxie Il savait que son petit
monde, se trouvant sur les bras extérieurs
de la spirale, faisait encore partie de ces
zones primitives éloignées du
cœur galactique, et ne pouvait recevoir
qu'une infime partie des émissions spirituelles
de ce centre suprême. Il ne pouvait imaginer
que ce côté délétère
puisse se matérialiser, se manifester,
recouvrir de son obscurantisme sa Création,
jusqu'à rendre les traces de son créateur
invisibles aux êtres pensants aveugles
à une autre certitude que la leur et
les dépassant. Il avait mis en eux le
meilleur de lui-même, sa Quintessence.
Serait-il possible que le libre arbitre accordé
à ces êtres puisse leur donner
l'impression d'omnipotence?
Il
ferait tout pour protéger son petit monde
de ces anomalies. Il était même
prêt à venir souffrir dans la chair
pour apporter aux hommes (puisque c'est bien
d'eux qu'il s'agit) la lumière et leur
révéler dans un enseignement spirituel
à la portée de tous les fondements
de la grande foi dans l'infinitude de la vie.
Il pensait avoir posé suffisamment de
jalons pour que les traces de son travail soient
repérables à ceux qui laisseraient
leur être intérieur entrer en résonance
avec sa lumineuse divinité. Simplement
regarder, écouter, ressentir, voir :
la beauté et la grâce d'une simple
fleur, les lueurs d'un soleil levant, la perfection
des cristaux, la merveilleuse molécule
d'ADN et l'ordonnance d'un monde qui présentait,
à l'échelle planétaire,
un équilibre stable et en constante évolution,
l'expression d'un dieu et la fragrance de l'Omniscience
des Origines.
***
Sa
pensée, source de sagesse?
Mais
pour un dieu, et surtout un jeune dieu encore
inexpérimenté, la maîtrise
du temps et d'une création à risques
est toujours une terrible épreuve, une
initiation à l'image de celle que les
Anciens subissaient et qui faisait d'eux des
êtres responsables pouvant entrer dans
l'âge adulte. Et si le Jeune Dieu craignait
tant de voir sa création se pervertir,
c'est qu'il savait au plus profond de lui-même
que cet instant tant redouté ne pouvait
manquer de se produire. Et cette incertitude,
qui déterminait l'échec ou la
réussite, présentait un caractère
inconnu qui lui paraissait insupportable. N'était-il
pas tout-puissant ici-bas?
Alors!
Instantanément, comme une mère
perçoit la détresse de son enfant,
il ressentit la présence ineffable de
douceur et de bienveillance de sa déesse
tutélaire, qui l'enveloppa comme une
grande aile protectrice, en lui rappelant qu'il
n'était encore qu'un jeune dieu. Cette
source de sagesse, dont il se croyait maître,
pouvait se dérober. Il savait pourtant
que les planètes telluriques éloignées
du centre des mondes ne pouvaient développer
que des formes de vie encore très soumises
à la dualité et donc primitives.
Sa seule erreur était sans doute d’avoir
donné trop tôt le libre arbitre
à ces êtres pensants, en même
temps que la découverte du feu, alors
qu'ils vivaient encore sous l'emprise de la
peur et de l'ignorance. Il semblait conséquent
que la majorité d'entre eux cèdent
à la force obscure en les poussant au
désir de puissance et que leur prétendu
pouvoir leur donne l'illusion de l'omnipotence.
*
Numineux : Ce terme, plus large que celui de
sacré, désigne ce qui est surnaturel,
inexplicable. Le sentiment du numineux se révèle
à l'être humain comme mystérieux,
à la fois attirant, effrayant, échappant
à son entendement.
***
Le
Jeune Dieu était prêt à
tout pour que la source de son savoir ne tarisse
pas, pour ne pas laisser l'incertitude qu'il
sentait poindre se manifester. Mais quand "les
actes des hommes obscurcissent l'esprit et que
le monde tourne confus et agité",
quand le temps trépide et s'accélère,
que la création s'emballe, que peut faire
un dieu? Surtout un jeune dieu!
Le
constat de ce qu'il croit être son échec?
Mais un dieu, même jeune, peut-il vraiment
être en échec? La présence
salvatrice de sa déesse tutélaire
déclencha en lui un flot de confidences.
L'expression de sa pensée se manifestait
comme pour exorciser une trop longue espérance
déçue :
"Je leur ai laissé le libre arbitre
au moment de leur incarnation. Le monde se présentait
à eux comme une sorte d'immense catalogue
vivant où ils pouvaient puiser sans limites
pour le choix de leur incarnation. Mais, loin
de s'inspirer de ces innombrables exemples,
leur choix s'est porté sur une forme
dont l'aspect ne correspondait à aucun
des critères développés
dans les espèces animales. Même
après ce choix "impertinent",
je leur ai conservé ma protection comme
des parents aiment leur enfant même s'il
ne répond pas à leur rêve.
Mais la sauvagerie qui les caractérise
depuis l'aube de leur temps dépasse de
loin celle des prédateurs qu'ils choisirent
comme modèles en perpétrant d'horribles
massacres, sur leurs semblables, les animaux,
la nature.
"En les suivant pas à pas depuis
le début de leur humanité, j'ai
mis tous les possibles à leur portée
pour leur permettre d’être à
l'unisson avec moi. Mais seulement un trop petit
nombre se montrait capable de m'entendre, les
autres ne pensant qu'à se battre, à
dominer par la force les plus faibles et les
exploiter, me prêtant même une soif
de sang par d’horribles sacrifices.
"Alors
je me suis incarné. Je me suis fait Chair
à de nombreuses reprises pour leur apporter
une connaissance à leur portée,
leur édictant des lignes de conduite
: les bons chemins à suivre comme la
science et les vertus transcendantes, générosité,
patience, énergie, bonté, charité,
courage, force morale, etc., et puis les chemins
à ne pas suivre, tuer, mentir, voler,
asservir son prochain et les animaux, etc. Mais
trop peu m'entendaient.
Revenant
de nouveau, je leur ai révélé
l'amour, la compassion : "Aimez-vous les
uns les autres", "Tout ce que tu désires
que les autres fassent pour toi, fais-le toi-même
pour eux", "Ne fais pas aux autres
ce qui à toi te ferait du mal",
leur laissant mille messages non reçus.
Le jour tragique arriva où se manifesta
une nouvelle fois leur libre arbitre qui déterminerait
le profil des millénaires à venir.
Un choix se présentait à eux :
la vie sauve pour le sage ou le bandit, la lumière
ou l'ombre. Un cri s'éleva alors de la
foule : Barabbas! Barabbas!
"Me clouant sur la croix, ils m'ont planté
une épée dans le flanc à
l'issue d'une longue agonie. S'emparant de mon
enseignement, ils se sont massacrés en
mon nom, commettant les pires atrocités,
sans avoir jamais entendu ma voix : ils ne savent
pas ce qu'ils font.”
Le
monde tourne confus et agité.
"L'équilibre
fragile de ce monde qui ne m'appartient plus
se fissure. Leur seul mot d'ordre, asservir
les animaux et la nature à leurs fins
douteuses et leur désir de toute-puissance,
résonne dans la galaxie comme un glas
tragique. Qu'ont-ils fait des forêts profondes,
des prairies immenses et vierges, des rivières,
de la mer, du ciel? Je les vois grouiller sur
la Terre entière, étendant leur
prégnance obsédante partout où
ils y trouvent un intérêt. Et je
ne peux plus rien faire pour arrêter cette
roue infernale. J'ai échoué!"
Le
Jeune Dieu, en proie à un grand trouble,
sentit de nouveau la présence imprégnée
de mansuétude de sa mère cosmique
qui le parcourait, telle une onde céleste.
***
-
"Non! Tu n'as pas échoué!
Tu as même été divin! Il
est normal, dans cette partie de la galaxie,
que le côté obscur se manifeste,
et tu le savais pourtant si bien.
"Mais
vois, le côté lumineux, numineux,
s'épanouissant maintenant dans les cœurs
purs où l'espoir et l'espérance
d'une vie allant au-delà de l'incarnation
terrestre ont fleuri. A leur façon, souvent
maladroite, d'enfants sages, ils nous ont adorés,
glorifiés, encensés à travers
l'art que tu leur révélas pour
les aider à transcender leur matérialité.
Ecoute leur musique s'élevant radieusement
vers nous, écoute aussi les hommages
de tous les humbles respectant et admirant la
beauté et la perfection de la nature
et l'ordonnance de l'Univers.
"Ceux-là
connaissent la dimension intérieure de
leur être profond où veille l'étincelle
que tu reçus jadis de moi. Ceux-là
ressentent maintenant que leur vie ne s'arrête
pas à cette simple limite corporelle,
la partie immatérielle et étincelante
que tu mis en eux avec tant de persévérance
se situant bien au-delà de la vie et
de la mort.
"Messager
divin, grand éveilleur, incarné
et souffrant, tu as magnifiquement œuvré!
Les germes de l'Omnisciente Sagesse des Origines
sont maintenant répandus sur ce monde
où la dualité règne encore
en maîtresse. Mais grâce à
ton investissement surnaturel, ce monde pourra
opérer son inéluctable transformation
spirituelle.
"Ces
changements seront contrecarrés par la
puissance matérielle des êtres
qui pensent diriger ce monde, aveugles et sourds
à tes messages. Mais ces pauvres fous,
après de multiples réincarnations
dans les ruines de leur folie, iront, s'ils
restent ignorants, se consumer dans la grande
déchetterie cosmique des trous noirs
pour retourner à l'état minéral,
et recommencer une longue et douloureuse ascension.
"La
naissance de ce renouveau se fera dans la dure
épreuve de la souffrance. Mais s'ils
redoutent la douleur physique, ils ignorent
encore qu'elle n'est rien en comparaison du
calvaire de l'âme qui n'a pas respecté
les lois fondamentales de la vie.
"La
douleur met toujours un temps pour arriver au
cerveau et commander au membre de se retirer
du feu qui le brûle. Pour les multiples
cellules qui composent l’entité
humaine, le temps de comprendre qu'elles forment
un Tout avec l'écosystème de leur
planète, sans échappatoire possible,
demandera un temps de réaction de plusieurs
siècles. La partie souffrante finira
inéluctablement par atteindre leur conscience.
Et l’être humain, petite cellule,
ne doit pas s'étonner alors de développer
toutes les maladies créées par
sa civilisation et semblables à celles
qu'il inocule à la Terre, aux végétaux,
aux animaux privés de leurs niches écologiques,
condamnés irrémédiablement.
Peut-il imaginer soigner une partie de son corps
avec une attention particulière et négliger
une autre où la gangrène s'installe?
Ce manque de discernement vient de son attitude
présomptueuse qui consiste à nier
la réalité de ce qui n'entre pas
dans son champ de perception et de compréhension,
le coupant ainsi de la conscience du Tout. La
santé, tant physique que mentale, lui
reviendra en même temps que celle de la
Terre quand il aura compris cette appartenance
au Tout. Il ne sait pas encore que la biodiversité
est une richesse infinie issue du cheminement
de l’évolution sur plusieurs milliards
d’années. Un monde qui perd cette
richesse régresse, retourne à
un état plus primaire dans une sorte
d'amnésie qui ruine son âme et
entraîne celles de ses habitants.
"Les
hommes des premiers temps, que les modernes
appellent encore des "sauvages", avaient
cette notion d'appartenance au Tout et leurs
âmes résonnaient à l'unisson
avec celle de la nature entière, de l'air,
du ciel, du monde animal et végétal
où ils vivaient en parfaite symbiose.
Leurs vies et leurs corps physiques n'étaient
pour eux que le moyen d'une expression plus
élevée. Ils nous reconnaissaient
dans l'ordre de Nature et de son Esprit. Leur
libre arbitre les rendait humbles devant les
forces de Nature et ils savaient remercier et
louer la déesse Terre pour ce qu'ils
en recevaient chaque jour, l'honorant comme
des enfants sages. Ils ressentaient encore le
besoin impératif et sécurisant
d'une protection les dépassant.
"Mais l'influence des forces obscures a
étendu sa prégnance sur leur faiblesse
en amenant l'arrogance, l'orgueil, le cynisme,
le désir de possession. Avec la naïveté
d'enfants admiratifs devant leurs dessins, imaginant
avec candeur que tu les avais créés
à ton image, les hommes n'hésitent
pas à t'invoquer dans les faits et gestes
de leur vie quotidienne, sans percevoir qu'ils
n'ont rien à attendre que d'eux-mêmes.
"Le
renoncement au salut pour rechercher le bonheur
dans une vaine technologie, l'abandon du sacré
pour le profane dans un premier temps, puis
l'adoption d'un principe amorphe de vie les
enferment dans le ronron d'un quotidien où
la souffrance et la mort sont combattues puérilement.
En agissant ainsi, ils se mutilent de la part
la plus importante d'eux-mêmes. Comme
de petits enfants dépendant de leur mère
dont ils reçoivent le lait sans rien
lui donner en échange, ils adorent en
grande majorité un dieu mâle et
vivent dans une représentation du monde
dirigé par des concepts éphémères
et changeants du principe masculin.
"Après
s'être crus le centre d'un minuscule univers
dont tu représentais le dieu tout-puissant,
il leur faudra bien des errances pour retrouver
enfin, à travers leur être intérieur,
à la façon d'un Graal purificateur,
la compréhension profonde de leur appartenance
à l'entité humaine, elle-même
microscopique partie du Tout. Ils se croient
omnipotents et pensent qu'ils peuvent, avec
leurs moyens dérisoires, se substituer
à nous? Laissons-les seuls jouer à
l'apprenti sorcier!"
Le
champ engendré par la proximité
d'une déesse tutélaire dont la
nature profonde est amour, compassion, harmonie
suprême, et de son protégé
dans la douleur ne peut que manifester un événement
hors norme.
De
l’intensité de ce champ créé
par les deux entités divines naissait
une force créatrice, d’abord léger
brouillard bientôt animé d'un mouvement
en spirale de plus en plus rapide. La spirale
attirait et transformait les particules de matière
dans un vrombissement très doux. Quand
elle disparut, il flottait dans l’espace
une forme ovoïde parfaite, de la taille
d'un œuf, d'un blanc nacré, dont
les contours irradiaient la lumière intérieure.
La
minuscule Voie lactée ainsi créée
venait de se matérialiser et flottait,
bien réelle, entre les deux divinités.
La déesse révéla alors
au Jeune Dieu le sens de sa dernière
incarnation sur ce monde. Il lui faudrait, comme
pour les précédentes, tout oublier,
sa divinité, son savoir, revivre les
affres de l’incarnation dans un corps
minuscule, inhabile, dépendant, sans
aucun contrôle et devant tout réapprendre.
-
"Je te remets la destinée pleine
et entière de cette planète. Tu
en hériteras au cours de cette vie qui
s'annonce pour en avoir la connaissance au terme.
"Ouvrir toutes grandes les portes du ciel"
sera ta mission. Les temps arrivent où
Nature, dont la lenteur de réaction aux
stress et aux agressions est très lente,
va enfin réagir. Son Esprit sait reconnaître
les siens, et va maintenant mettre en œuvre
ses forces purificatrices pour retrouver son
équilibre. Tes véritables enfants,
capables de percevoir ta résonance, auront
alors grandi et pourront se passer de Toi, car
quelque part au fond de leur être intime,
une partie de ta Quintessence aura fait évoluer
leur cœur dans le sens que tu mis en eux
à l'origine de leur création…"
***
| |
SOMMAIRE
DU LIVRE
NOTE
AUX LECTEURS
PROLOGUE
Naissance
HYPOTHESE .
« Mon sommeil est songe »
« Mon songe est pensée »
LE JEUNE DIEU
Et son sommeil fut songe
Que le songe devienne pensée !
Et le songe devint pensée
Sa pensée, source de sagesse ?
« Les actes des hommes obscurcissent
mon esprit. »
Le monde tourne confus et agité
L'AGROLOGIE
TERRE NATURE
Premier songe
LA PLANETE DES OISEAUX
LES OISEAUX
Retour et souvenirs
LA PLANETE DES ARBRES
YOD
Les portes
Espace des regrets
Espace des conséquences de ses
actes
Espace du bonheur
Espace des tenants et aboutissants
Espace des forces miroir
Rencontre avec Yod
RETOUR
« Un songe m'est venu »
EXPERIENCE D'ETHNOLOGIE
Planète Terre Ter
TERRA PRIMA
Le lieu du matin
Le conseil de planètes
La vie sur Terra Prima
Le concert
La mort, les urlous
LE DEPART D’ORA
AZURA
Dommages
Les urlous
La séparation
Ben anéanti
Souvenirs d'Azura
La boîte
BEN
Désespoir
Mutation
Claire voyance
Souvenirs
Métamorphose
LES MOUCHES
La vengeance des animaux de laboratoires
LA REDEMPTION DU MONDE PAR L'AMOUR
EPILOGUE
|

|