L'art du bonsaï

La pratique du yoga, du Qi Gong et du Tai chi chuan
ATELIERS
LES BONSAI
MIEUX VIVRE
LES TECHNIQUES
 
Les oiseaux
 
 
 
     
 
Cette nouvelle forme la suite du livre "le jeune dieu"
 

 

LA PLANETE DES OISEAUX

 

AZURA va ensuite sur la planète des oiseaux

Le premier voyage avait ramené Azura au début des temps de la planète Terre et achevé en elle une transformation commencée depuis longtemps. Son champ de conscience s'élargissait à la Terre qu'elle sentait vivre et souffrir en elle. Prenant un air mystérieux, elle disait à Ben : "Je me sens un peu comme Erda. Ce Jeune Dieu et sa déesse tutélaire m'ont mis de drôles d’idées dans la tête :
'Tu connais ce que l'abîme recèle et tout ce qui anime les monts et les vallées, l'air et l'eau. Là où il y a de la vie, ton souffle passe; là où l'on pense, ton esprit est présent : on dit que tu as toute la connaissance.'

Que dois-je faire de tout cela, que devons-nous faire de tout cela? Soyons encore davantage en osmose l'un avec l'autre. Reçois de moi cette connaissance, car tu vas bientôt devoir diriger notre destin qui ne va pas tarder à s'accomplir.
Ora doit me faire visiter la planète des oiseaux, qui se situe quelque part vers le centre des mondes. Je la soupçonne d'étudier mes réactions devant des civilisations si différentes de ce qui peut résonner en moi. Mais j'ai l'impression que rien ne pourra m'étonner, comme si au plus profond de moi je savais déjà."

Ce monde des légendes galactiques promettait de se révéler d'une richesse insoupçonnée. L'impatience l'envahissait pour cette première rencontre avec un monde habité par des êtres doués de conscience et de raison.

***

Le voyage fut sans histoire, car la civilisation d'Ora connaissait le secret des voyages instantanés. Azura remarqua que son arrivée n'étonna pas les oiseaux. Ils paraissaient même la connaître depuis toujours et lui manifestaient une déférence qui laissait Azura confondue. Ici le temps ne défilait pas comme sur la Terre. Le passé, le présent, le futur ne connaissant pas ces limites précises dans lesquelles nous vivons.

Ils s'amusaient de la prétention des humains à se considérer comme les êtres les plus achevés de l'univers. "Vous ne voyez guère plus loin que le bout de votre drôle de nez. Vous confondez quelque peu votre Terre, simple cellule de l'Univers, et l'Univers". La faculté de saisir les êtres qu'ils observaient dans leur totalité les conduisait à répondre aux questions arrivant dans son esprit avant même que les idées aient été clairement formulées, car Azura riait toujours d'entendre, de la part d'un être, qui sans doute a porté son regard loin dans l'Univers, mais sans sortir de son système solaire et sans contact extraterrestre, ce type de réflexion aux accents métaphysiques : "L’homme est l'être le plus évolué de l'Univers, en est-il le but?" ou "Son cerveau est l'objet le plus complexe de tout l'Univers," sans ajouter modestement "connu par notre civilisation".

Les oiseaux se meuvent naturellement dans trois dimensions. Chargés de faire visiter leur planète, ils se mirent en quête d'un objet volant réservé uniquement aux visiteurs réduits, par leur anatomie incomplète, à ne se mouvoir que dans deux pauvres dimensions.
Leur 'ressenti' du temps, si différent du nôtre, ne présentait aucune des lacunes que nous expérimentons chaque jour, conduisant aux errances que connaît notre espèce. Pour leur compte, les oiseaux ne menaient jamais une action vers une connaissance toujours vaste sans réflexion approfondie. Leur référence étant l'accord total avec la planète entière et ses habitants, toutes espèces confondues.

Pour un être avide de technologie d'avant-garde, la visite n'aurait présenté aucun intérêt. Ici, pas d'avions déchirant le silence, de routes, d'autoroutes, de bâtiments enlaidissant le paysage, de déchets, détritus, résidus, ordures… Les oiseaux, ayant la faculté d'agir sur leur propre évolution et celle de leur environnement, avaient favorisé une végétation, non pas asservie, mais servant les intérêts communs à toutes les autres espèces. Le pouvoir de communiquer avec tous les éléments de la nature pour qu'elle s'ordonnance sans en déranger en quoi que ce fût l'ordre et l'harmonie leur permettait de satisfaire leurs besoins en restant en communion totale avec leur milieu.

Des plantes aux feuilles transparentes poussaient en rond sous les frondaisons unies des arbres inclinés formaient des abris utilisés pour différentes activités, tant artistiques qu'intellectuelles. Une mousse douce et moelleuse en recouvrait le sol et des oiseaux très particuliers, aux airs mystérieux, semblaient monter la garde. Pourtant, rien de plus particulier dans ces 'maisons' que partout ailleurs, l'accès en étant parfaitement libre. Toutes les espèces vivant sur cette planète ne comprenaient aucun prédateur et ne se reproduisaient qu'en fonction de l'équilibre général. La durée de vie étant beaucoup plus longue que sur les planètes comme la nôtre où l'évolution cherche son chemin avec le concours d'un hasard dirigé, il y avait très peu de jeunes et tout le monde possédait des connaissances fabuleuses en comparaison des nôtres.

La grâce, l'harmonie, un savoir sans borne paraissaient habiter Zort, immense et majestueux oiseau ressemblant à une de nos chouettes dont les yeux brillaient de bienveillance. Cette grande figure de sagesse s'adressa à Ora et Azura :

"Les planètes constituent les cellules qui forment le tissu matériel des univers s'étendant à l'infini. Elles sont la propriété de toutes les espèces qui y vivent. Les êtres les plus évolués ont le devoir sacré de protéger, d’aider les autres règnes sur le long chemin que nous suivons tous, et de participer au travail de Nature avec laquelle ils doivent collaborer pour parvenir à transcender le tissu matériel de l'Univers et percevoir de plus en plus subtilement sa nature primordiale, Amour, Compassion, Connaissance, Sagesse, seules forces pouvant mener à la véritable évolution.

Ecoute, petit humain, écoute maintenant la légende des oiseaux qui régnaient en maîtres bienveillants sur cette Terre bien avant votre arrivée. Certaines espèces sont capables d'émettre les mêmes sons que vous, mais seuls les cœurs purs peuvent encore entendre et comprendre ce langage originel. Tu saisiras mieux cette notion de péché qui vous fait avoir peur de la mort, de la maladie, de votre avenir, de la vie, de tout. Même les plus matérialistes niant tout ce qui n'entre pas dans leur champ de perception se fabriquent des situations pour éprouver l'angoisse inhérente à l'être humain. Le libre arbitre reçu au cours de votre évolution, qu'en avez-vous fait?

Cette légende va faire résonner en toi ce que le grand voile de l'oubli a déployé sur toi en t'incarnant. Nous connaissons ce que tu as perdu et nous allons t'aider à accomplir ce qui vous est dévolu, à toi et à celui que tu aimes. Tu as déjà en ta possession la clé de ta destinée. Mais maintenant, écoute, écoute…" Azura riait de son rire clair et juvénile de tant d'humanité.
Alors, d'une voix merveilleuse de douceur et d'intelligence, l'oiseau commença.

LES OISEAUX

"Il fut un temps mythique sur la Terre où les oiseaux parlaient. Parlaient et chantaient! Un langage aérien et volatile ! Pas question de discussions, de causeries, de colloques, de débats. Non ! Ils chantaient la rosée du matin, la brume entre les arbres qu'irradiait le soleil, célébraient le lever du jour, la douceur et le bonheur de vivre. Ils improvisaient des poèmes suaves et chantants, odes à Nature, survolaient les étendues vierges où l'espace porte dans le doux crissement de l'air sur les plumes, savourant de se laisser griser.

En ces temps bénis, le silence vivait! Tous les habitants de la Terre le respectaient, car ils pressentaient que la mystérieuse dimension au-delà du silence, dans le bruissement fondamental de la vie à l'état naturel, abritait le sanctuaire sacré où les âmes juvéniles venaient de leurs ailes caressantes effleurer puis imprégner les jeunes corps naissants. Et comme les ténèbres dévoilent la lumière, le silence révèle la musique dans le tintement de leur union. Les oiseaux, les premiers ici-bas, le sculptaient, le ciselaient, posant le relief des notes sur ce velours chatoyant aux mille reflets, le frémissement du vent dans les feuilles, un ruisseau murmurant sur les cailloux, le "continuo" plaintif et doucement harmonieux des grillons, le bourdonnement des insectes comme accompagnement...

En ces temps légendaires, dont seules certaines espèces gardent encore l'empreinte par la parole, point de croassements disgracieux, de jacasseries assommantes! De la poésie, de la musique! Avant toute chose! Pourtant cet ordre si doucettement sauvage, allait se trouver perturbé! Figurez-vous un timide rossignol, enchantant, comme tout rossignol qui se respecte, les nuits de ses mélodies, rêvant d'un parterre d'admirateurs extasiés faisant voler vers lui des insectes aux ailes roses!

***

Un rossignol qui rêve de gloire, voilà un rêve pas tout à fait ordinaire. Qui donc avait pu mettre de telles idées dans la tête de ce si charmant volatile doué, plus que tout autre, pour l'art lyrique?
"Toi si timide, lui dit la pie effrontée, comment peux-tu avoir de telles idées ?
- Je ne sais, répondit le rossignol en rougissant (ce qui le faisait ressembler à un rouge-gorge!), mais cette nuit-là, je me suis senti admiré. Il m'a semblé apercevoir, à travers le feuillage, comme une apparition, sans contour défini. Un regard étrange semblait en émaner, pénétré d'une extrême concentration. Chamboulé, je l'étais ! Mais tu sais, je te jure, pour ces insectes aux ailes roses volant vers moi…

- Tais-toi! l'interrompit la pie, tu as mangé des fruits fermentés". Et elle s'envola, attrapant au passage un brin de lumière multicolore, oublié négligemment par une goutte d'eau dans une trouée de la frondaison. La pie, déposant son précieux butin dans son nid, s'en fut aux nouvelles. Elle s'aperçut seulement, trop occupée à fouiner de droite et de gauche à la recherche d'insaisissables joyaux, qu'il régnait une effervescence inhabituelle.
Aujourd’hui, point de chants, point de poésies, point de pirouettes et galipettes dans les arbres! Des bavardages! Des papotages! Des commérages, babils et verbiages! Qu'était-ce... à dire? Que pouvaient bien se raconter les oiseaux? Là-haut, les majestueuses spirales absentes du ciel laissaient présager un événement hors du commun.
Le rossignol s'expliquait! Ces drôles de rêves venaient de ce mystérieux regard qui s'intensifiait pour devenir de véritables yeux au sommet d'une silhouette dont les limites se précisaient de jour en jour. La pie regarda le ciel d'un air désabusé.
- "Non!
- Si!
- Moi je les ai vus!
- Et moi aussi! De toutes parts les exclamations fusaient.
- Et moi je leur ai même parlé!" s'exclama le perroquet."

* * *

La révélation du perroquet fit taire tout ce joli petit monde. Même si sa propension naturelle le poussait à bassiner les autres avec ses bavardages, il fut immédiatement pris au sérieux : plus question de fruits fermentés!
"Ils parlent donc ! - Les as-tu vus de près? - Qu'ont-ils dit? D'où viennent-ils?" Les questions fusaient de partout!
"Je les crois un peu simplets, dit le perroquet, gonflant le jabot. Il ajouta, baissant la voix sur un air de confidence : je leur parle depuis plusieurs jours! Soyons attentifs, car l'ordre des choses pourrait s'en trouver modifié." La gent ailée, d'ordinaire plutôt préoccupée de s'écouter chanter, se pressait maintenant en rangs serrés autour des oiseaux ayant le plus d'informations.

La chouette, renommée pour sa sagesse et son savoir depuis des lunes et des lunes, fut priée de donner son avis. Prenant son temps pour répondre, elle dit, de sa voix profonde et chaleureuse : "Tais-toi un peu, perroquet, s'il te plaît! Sans doute ici depuis longtemps, ces êtres mystérieux commencèrent alors à se différencier, à perdre l'unité avec laquelle ils formaient un tout. Ramification lointaine de la Conscience universelle, ils doivent devenir des individus indépendants, et, comme nous, s'incarner sur cette Terre. Pour la première fois sur cette planète, un certain libre arbitre leur sera donné pour se choisir une forme. Comment utiliseront-ils cette toute nouvelle liberté? Est-ce un bien ou un mal? L'avenir le dira. En attendant, montrons-nous à l'écoute avec vigilance."

Comprenant que Chouette avait une annonce importante à faire, chacun se remit bien d’aplomb, qui sur sa branche, qui sur un tapis de mousse.
"Cette incarnation terrestre semble imminente car leur enveloppe encore immatérielle commence à acquérir les propriétés ténues de notre monde. De jour en jour, celle-ci devient de plus en plus charnelle, sans pour autant avoir atteint sa forme définitive. C'est pourquoi nous commençons à les apercevoir. La durée de leur incarnation terrestre va les emprisonner dans un corps avec la faculté de penser! Eh oui! Penser qu'ils sont enfermés dans ce temps qui va maintenant se dérouler devant eux, perdre l'unité pour expérimenter la matière, avec une conscience plus rationnelle, plus pragmatique que la nôtre, ce qui n'exclut en aucune façon l'importance fondamentale de l'énergie vitale que tous les habitants, premiers occupants ici-bas, ont donné à ce monde."

Et chacun d'émettre des signes d'approbation.
"Ils ne devront jamais perdre de vue que toutes les espèces sont interdépendantes les unes des autres. La déesse Nature en est la grande prêtresse, elle supervise la bonne marche de cet ensemble dont le rythme doit être universel au risque de mettre en péril notre écosystème qui va désormais devenir aussi le leur. Ils garderont au plus profond d'eux-mêmes, à des degrés plus ou moins intenses, le souvenir de cette unité primordiale autour de laquelle se construira désormais leur vie."

* * *

L'attention devenait maintenant très soutenue.
"Ici, ils doivent apprendre le sens des responsabilités et expérimenter la vie en société, dont la base immuable doit être l'amour et la tolérance, étant les premiers sur cette planète à être capables de mesurer les conséquences de leurs actes. Cette notion donnée par l'Esprit de Nature, qui est pur Amour, amène à la perception de ce qui est différent et à la conscience du bien et du mal."

On aurait pu, avec un peu de persévérance, voir des points d'interrogation apparaître sur les petites têtes à plumes.
"Le monde des sens va leur être ouvert au moment de leur incarnation, et certains vivront avec une sensibilité particulière que nous ne possédons pas d'une façon permanente : éprouver les émotions, bonheur ou souffrance, entrer en fusion avec la vie environnante, ressentir la compassion, héritage de l'Amour de la Conscience universelle. Ces êtres, approchant du terme de l'évolution programmée pour cette Terre, possèderont cette faculté, mais dans ce monde où règne la dualité, leur vie sera difficile."

Le rouge-gorge essuya une larme d'un revers d'aile.
"Nous savons tous au plus profond de nous qu'il existe des mondes où la vie n'est pas une lutte perpétuelle et cette harmonie future, retour au point où l'origine rejoint la finalité, nous inspire dans notre art lyrique. Si, en effet, les êtres ressentant la compassion paraissent touchés par la pureté de nos chants, d'autres semblent trouver un écho à la férocité des fauves."

L'inquiétude se lisait maintenant dans les regards.
"Si ces êtres vous paraissent simplets, c'est qu'ils ne connaissent pas encore les propriétés du monde matériel dont ils doivent faire l’expérience, expérience qui devra leur faire percevoir la conscience que le monde peut recéler. Mais soyons confiants, le libre arbitre et la faculté d'agir sur leur propre évolution vont certainement ouvrir leur conscience aux nobles sentiments qu'ils sont venus éprouver et découvrir ici. "Le rossignol et le rouge-gorge, dans les ailes l'un de l'autre, pleuraient à chaudes larmes. Quels émotifs, ces deux-là !

Chouette continuait, imperturbable.
"Pour les êtres dont la conscience commence à s'éveiller, il en est ainsi : Nature garde la maîtrise absolue de la biologie et son Esprit celle de l'éthique. Pour ceux qui transcenderont ces deux forces, la lumière de l'espace sacré enveloppant la Conscience universelle leur apparaîtra. Et c'est dans la profondeur du silence béni de l'âme que tous les êtres se préparent pour ce mythique événement."

Comme galvanisée par les mots, Chouette continuait.
"S'ils échouent et utilisent leur énergie vitale pour leur propre compte au détriment de cette Terre et de ses habitants, nul doute que Nature et son Esprit se montreront impitoyables envers les exploiteurs. Et malheureusement, la Terre et ses habitants primordiaux pâtiront de leur comportement arrogant."

Les oiseaux, plutôt habitués aux babils et à la cantilène, ne comprenaient plus, mais Chouette n'en avait cure!
"Tentons de leur montrer le délicat équilibre que Nature prend tant de peine à mettre dans toutes choses et qu'il convient de respecter. Aidons-les à choisir la forme la plus parfaite possible qui ne pourra que s'inspirer de la nôtre, car nous avons, outre la maîtrise de l'air et de l'eau pour certains d'entre nous, le don artistique, la grâce et le charme. Nous formons des couples fidèles et équilibrés où les tâches sont partagées équitablement. Notre sexualité est tendre et raffinée et nous ne connaissons ni le vieillissement ni la déchéance physique. Après une gestation dans la forme parfaite de l'oeuf couvé avec amour, nos enfants naissent dans des nids douillets. Quand aux femelles mamifères, souvent sous l'emprise de mâles brutaux et machos, elles doivent endurer une longue et pénible gestation, mettre au monde leur progéniture dans la douleur, le sang et les excréments."

* * *

Ainsi, sorti du bec d'un oiseau, le verbe se déployait, se ramifiait, s'amplifiait. Et Chouette parlait, parlait, en se gargarisant de mots ; un enchantement sans doute l'avait fait pénétrer dans ce fameux monde du raisonnement. "Partageons de bon cœur la parole avec eux en sachant qu’elle les guidera vers le monde des pensées et des idées que nous ne connaissons pas. Mettons-les en garde du verbe agissant, contre l'enfermement que peuvent devenir les mots, sortis du contexte artistique. De grands bienfaits, certainement, en découleront. Notre art, dont ils vont hériter en tentant de le sublimer, les guidera des profondeurs de leur inconscient et de leurs limites corporelles vers la transcendance."

Alors, comme mue par un divin présage, Chouette leva majestueusement les ailes et tous les oiseaux sagement rangés devant elle, subitement attentifs, se mirent à entonner un sublime chant d'espoir et d'espérance.

Pourtant Chouette, sous l'emprise d'une force la dépassant, s'apprêtait à continuer quand une étrange lueur vint envelopper les êtres mystérieux, aussi bien ceux qui l'écoutaient, incognito, que ceux qui observaient les fauves et les singes... Tout à coup, Chouette sortit de la prison où l'avaient enfermée les mots. Elle eut une vision d'horreur! Ils venaient de s'incarner et leur forme! Nature! Oh! Nature! Leur forme! Comme inachevée! Et pourtant adulte! Ni fourrure ni plumage doux et harmonieux ! Pas même des écailles! Glabres! Comme les nouveau-nés et le cul des singes en chaleur, avec néanmoins quelques poils hirsutes parcimonieusement répartis, le corps dressé sur de grosses pattes.

La couleur de leur peau variait du blanc au noir et, selon leur centre d'intérêt au moment de leur incarnation, leur caractère paraissait extrêmement différent. Ceux qui écoutaient Chouette comprenaient son message, mais ils représentaient la minorité. Les autres avaient hélas! adopté le comportement des fauves et des singes. Les êtres à la peau la plus pâle semblaient se montrer les plus belliqueux, les plus agressifs, les plus dominateurs et les plus sauvages : de vrais prédateurs!
Aucun son ne put sortir de sa gorge et Chouette bascula dans le néant.

* * *

Elle vola, vola dans un espace hors du temps. Le soleil passait dans le ciel à la vitesse de l'éclair, laissant sur terre une luminosité d'apocalypse. Les saisons coloraient le sol de vert, de fauve, de blanc dans un va-et-vient de plus en plus rapide, comme des rayons de lumière à travers les feuilles, un jour de grand vent. Et puis, doucement, le mouvement se ralentit. Le soleil reprit sa course habituelle, enveloppé de sinistres lueurs. La Terre, écorchée, enchaînée, se couvrait par endroits de plaques qui la rongeaient comme une lèpre, l'air devenait irrespirable, lourd, chargé d'effluves délétères. Le silence des grands espaces agonisait en spasmes douloureux dans le vrombissement nauséabond d'un ciel lacéré, criblé de métal.

Les yeux de Chouette s'ouvraient de plus en plus intensément, des larmes de souffrance coulaient vers la Terre martyrisée. Une pauvre chose attira son regard perçant : elle descendit vers cet enfer et là! Près d'une mer tragiquement noire dont les vagues glauques venaient lécher la plage profanée, elle vit l'oiseau englué. Le poison mortel, inconsciemment rejeté par de coupables mains, le paralyse, le pénètre, fige son sang qui perle à travers le plumage souillé. Son chant d'agonie n'est plus perceptible, n'est plus porté par les ondes sonores. C'est un chant intérieur, seulement ressenti par l'âme de ceux qui savent entendre. Dans un ultime soubresaut, l'oiseau, au paroxysme de l'angoisse innocente, tente de regagner sa demeure aérienne, puis disparaît, englouti dans cette mer méphitique.

Les êtres maintenant achevés et incarnés recouvrent la Terre entière, y grouillent en masse comme des vers sur un cadavre qui, eux, ne laissent pas d'ordures sur leur passage. Chouette, anéantie, perdit connaissance une nouvelle fois. Sans doute refit-elle son voyage dans l'autre sens, car elle se retrouva là où le néant l'avait happée, dans son tourbillon à travers le temps. Une cacophonie d'épouvante et d'angoisse l'accueillit. Elle voulut parler, mais ne put exprimer, dans le jour qui fuyait à l'horizon, qu'un long hululement triste et déchirant. Les hommes, en s'incarnant dans l'inconscience et l'irréflexion, la légèreté et l'inconséquence, venaient de commettre leur tout premier méfait : ils avaient volé la parole aux oiseaux.

L'INCONGRUITE

“Un quelque chose était, non défini, mais accompli” Lao Tseu

Il était une fois... “un quelque chose, non défini mais accompli”, une sorte de principe, omnipotent, indescriptible, une conscience, toute puissante, transcendante, quelque chose, au commencement des commencements, d’inimaginable. Ce quelque chose, dont on aurait pu croire qu’il se suffisait à lui-même et que certains, avec cette manie de classer, d’étiqueter, de mettre un nom sur tout appelèrent Dieu. Un nom c’est un nom, et plus pratique que pas de nom, car l’on se retrouve sans y prendre garde avec des Truc et des Machin en veux-tu en voilà!

Donc Dieu, puisque c’est son nom le plus courant, se prit de l’envie de créer. Très étrange : car quand on est transcendant, indicible, avoir une envie! Cela sent un peu le dérapage. Et le pire, c’est qu’apparemment, il ou elle ne savait pas trop quoi créer. Sans doute pour montrer, et on se demande bien à qui, sa toute puissance. Le dérapage sentait le roussi.

L’ennui, le très gros ennui avec ce principe, cette Pure Conscience, c’est qu’elle ne pouvait faire des brouillons que l’on jette à la poubelle après les avoir bien froissés ou que l’on brûle pour être sûr que personne n’ira voir vos bêtises. Non : cette Immanence ne pouvait faire autrement, une fois le processus enclenché, que de donner forme réelle à ses idées.
Il fallait donc bien réfléchir avant pour ne pas faire n’importe quoi. Mais quand on est tout puissant, omnipotent, sans distraction et pas vraiment pressé par le temps, c’est simple ; l’éternité, facile pour plancher, même en mordant son crayon!

Bref, il s’agissait de concevoir un plan bien défini, qui pourrait par la suite, avec l’étincelle de départ, s’auto-alimenter à partir d’un certain degré d’évolution. Il fallait, pour le jaillissement premier, une dose deconcentration absolument impensable et inimaginable pour nos petits cerveaux.

Alors, avec une soudaineté infinie, dans une déflagration tout autant infinie, le “quelque chose” finit par se produire. La description du processus relève de l’imagination, qui comme on vient de le voir, peut avoir force de création et de réalité. Alors de rien, de cette chose non définie, non exprimée, non manifestée, naquit l’accomplissement, la Manifestation.

L’Univers que nous connaissons, avec ses galaxies, ses étoiles et leurs planètes, le tout soumis à toutes sortes de forces qui font que le ballet final est assez réussi, était né. Dieu se perdait dans la contemplation de son œuvre... Et le temps passait, passait... Si bien qu’au bout d’une petite éternité, Dieu trouva que le minéral, c’était bien joli, mais d’un triste!

Il ou Elle convoitait de quelque chose de plus vivant, d’un petit objet qui pourrait exprimer, par exemple,

son admiration et sa vénération envers son Créateur. Dieu se prit de l’envie d’être reconnu comme l’Artisan de cet univers, le grand thaumaturge omniscient que sa création pourrait reconnaître comme tel et louer comme son Seigneur et Maître incontesté.

Et pour ce petit objet-personnage, il fallait créer un environnement où il puisse s’épanouir. Inutile de dire qu’une telle réalisation ne pose aucun problème à un dieu ou déesse ayant déjà créé tout un univers. Cinq petits jours rondement remplis, et l’affaire est au point.

* * *

D’aucuns pourraient objecter que l’environnement de la petite chose vivante n’avait pas été mûrement élaboré et aurait pu paraître un peu brouillon pour un observateur ayant l’esprit critique. Mettant sans cesse un coup de barre à gauche, à droite, cherchant sans cesse un équilibre précaire dans ce qu’il est

de bon ton d’appeler l’évolution... Facile de répondre que ce petit objet vivant ne représentait pas grand-chose dans cet univers-là. Une sorte de jouet, sans doute bientôt délaissé ; il était donc superflu d’y consacrer une trop grande dose d’énergie.

Le décor étant planté, il restait la conception. Devant l’argile immaculée, avec l’impossibilité de faire des erreurs, Dieu, avec une extrême concentration, se mit donc à créer un personnage, modelant, lissant, galbant, se reculant pour mieux voir l’effet d’ensemble. La créature achevée, avec ses formes harmonieuses, ses seins et ses fesses galbées, ses longs cheveux brillants et soyeux, sa peau lisse, ses yeux bien dessinés ombrés de longs cils, attirait le regard par son charme et sa grâce.

Il ne lui restait plus qu’à la reproduire encore une fois, histoire d’avoir la paire et le tour serait joué. Mais tous ces travaux et surtout cette dernière création avaient demandé bien des efforts. Pour un observateur

averti, il semblait que la “main”, salie par de petits morceaux d’argile, n’avait plus aussi belle assurance que pour la première création. La fatigue peut-être?

Les traits, aussi bien du visage que du corps, étaient plus accentués, la peau, délibérément lisse de la première créature, présentait ici le système pileux d’une fourrure usagée, sauf sur la figure où des poils se serraient en rang hirsute - drôle d’idée. La silhouette plus massive et moins harmonieuse accusait des muscles saillants, et il se dégageait de ce deuxième exemplaire comme une expression d’agressivité, une attitude belliqueuse, un air de domination qui paraissait prêt à se manifester à la première occasion et contrastait avec la douceur, la sensibilité, la bienveillance, l’altière sérénité de la première créature.

C’est alors qu’au moment de terminer le galbe situé tout en haut des cuisses, juste à l’entrejambe - rien en somme qui n’eut dû poser problème - arriva l’incongruité! Peut-être un peu trop d’eau dans l’argile? Des souillures dispersées? L’impatience d’en finir et de voir l’objet s’animer? Toujours est-il que : plaff! Les petits morceaux d’argile épars sur le dos de “la Main » se collent intempestivement là, oui! Juste à l’entrejambe! Une sorte de boudin et deux petits tas dessous bosselés et parsemés de poils rares et anémiques. Quelle catastrophe! Dieu essaya bien de modeler du mieux qu’Il ou Elle le pu cet ensemble incongru et se perdit un temps en conjecture pour y trouver une quelconque utilité. Voilà qui était bien contrariant. Vite cachons cela avec une touffe de poils, du plus joli effet sur la première création, mais bien insuffisante pour cacher l’appendice qui en dépassait lamentablement!

Les deux créatures, au lieu d’être semblables, devaient maintenant se compléter, avec le risque qu’elles entrent dans la dualité. Comment vont-elles évoluer? Dans l’amour? La haine? La tendresse? Le désir? Ou vivre ces sentiments en alternance? La plus rustique ne risquera-t-elle pas d’imposer à l’autre ses façons

brutales? Ou le libre arbitre donné à chacune leur fera-t-il chercher, au contact mutuel, l’unité intérieure? Il fallait maintenant accorder toute la nature de ce petit monde à ce modèle.

Laissons-les se reproduire avec cette incongruité, on verra bien ce que cela donnera! La reproduction sexuée était née, et Dieu, pour se faire pardonner, décida qu’ils y prendraient du plaisir... Voici une autre façon de voir la création et comment Dieu, contraint, après avoir créé la femme, créa l’homme (à son grand dam), inventa le sexe... sans le faire exprès!
Est-ce Lui ou Elle qui choisit la femme pour porter les fruits de cette sorte de reproduction, ou est-ce l’homme qui imposa cette tâche à sa compagne pour mieux la dominer? La question reste entière!

PSYCHOPHANIE

célébration de l'âme profonde

La psychophanie ou communication facilité est une technique utilisée pour communiquer avec les autistes. Etant chez une amie qui pratiquait cette technique, j'ai voulu essayer. La main simplement soutenue au dessus du clavier elle m'a demandé de penser à un mot. J'ai pensé "Amour". Je n’arrive pas à taper sans regarder le clavier, mais je sais que le A se trouve à gauche. Les yeux fermés, j'ai senti ma main partir vers la droite. Alors j'ai complètement lâché prise. Je sentais ma main se diriger toute seule et mon amie qui ne se sert jamais d’un clavier regardait l’écran. C’est elle qui a mis quelques espaces et soulevée ma main quand elle restait trop longtemps sur une touche. Il faut aussi remarquer que les lettres en surplus se trouve à coté de celle que j'ai fini par taper. Voilà le résultat qui m’a proprement sidérée :

nJoie jeeesuistout buisson deviefoixsqsondevienousetletout
Joie, je suis Tout, buisson de vie, foison de vie, nous et le Tout.

Jablines, Le 1 juin 2004